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La caravane du Maghreb - I

18 février 2011 par Laetitia

Cette caravane remonte une des routes migratoires à contre sens : Laayoune - Sahara Occidental, Nouadhibou - Mauritanie. L'objectif  est de redonner visibilité à la route qu'empruntent les Subsahariens pour rejoindre le Maghreb. Pour les caravaniers, il s'agit de donner à sentir la route, le temps du voyage et les contrôles vécus par les migrants.

La caravane du Maghreb a remonté une des routes migratoires à contre sens : Laayoune - Sahara Occidental, Nouadhibou, Mauritanie. L'objectif est de redonner visibilité à la route qu'empruntent les Subsahariens pour rejoindre le Maghreb. Pour les caravaniers, il s'agit de donner à sentir la route, le temps du voyage et les contrôles vécus par les migrants.

Le 28 janvier 2011, une caravane quitte la ville de Rabat au Maroc. A son bord, une quarantaine de personnes, migrants Subsahariens, sympathisants Marocains et Européens. Sa destination : l’île de Gorée, Sénégal, où s’est tenu du 2 au 4 février, l’Assemblée Mondiale des Migrants.

Les migrants à l’initiative de cette caravane, vivent maintenant depuis plusieurs années dans les quartiers populaires des grandes villes marocaines, Rabat, Casablanca… A ce moment de leur projet migratoire, ils ont fait l’apprentissage des stratégies de contournements de contrôle, franchis une fois, deux fois ou dix fois la frontière, voire, rencontré la mort d’un compagnon. Ils sont devenus autres. Migrer, ce n’est plus seulement traverser l’espace, c’est aussi faire avec le temps.
Maintenus à l’écart des droits les plus élémentaires, des migrants s’organisent et se constituent au sein d’associations ou de communautés organisées : la CCAM pour les Camerounais, l’AJSEREM pour les Sénégalais… Ils travaillent avec d’autres organisations de la société civile, marocaines ou européennes, notamment pour la défense de leurs droits. Ces initiatives, aussi fragiles soient-elles dans un contexte de précarité, sont néanmoins fondamentales pour sortir de l’invisibilité où ils sont placés et questionner les discours sur le droit à la circulation.

Lire les billets suivants :
Charte Mondiale des Migrants - Gorée, Sénégal - II
Forum social mondial, Dakar, Sénégal - III

Le 28 janvier 2011, une caravane quitte la ville de Rabat au Maroc. A son bord, une quarantaine de personnes, migrants Subsahariens, sympathisants Marocains et Européens. Sa destination : l'île de Gorée, Sénégal, où s'est tenu du 2 au 4 février, l'Assemblée Mondiale des Migrants.

A bord du bus, une quarantaine de personnes, migrants Subsahariens, sympathisants Marocains et Européens. Sa destination : l'île de Gorée, Sénégal, où s'est tenu du 2 au 4 février, l'Assemblée Mondiale des Migrants.

Oumar Diao. Venu du Sénégal pour terminer ses études, il est maintenant coordinateur social et médical dans une ONG. Il est l'un des co-organisateurs de la caravane.

Oumar Diao. Venu du Sénégal pour terminer ses études, il est maintenant coordinateur social et médical dans une ONG. Il est l'un des co-organisateurs de la caravane.

Constantin vient de Guinée-Congo, il a vécu 15 ans Afrique du Sud. Après avoir traversé les frontières 13 pays, il arrive au Maroc en septembre 2010. Là, il participe aux réunions préparatoires autour de la charte du groupe de travail au Maroc.

Constantin vient de Guinée-Congo, il a vécu 15 ans Afrique du Sud. Après avoir traversé les frontières 13 pays, il arrive au Maroc en septembre 2010. Là, il participe aux réunions préparatoires autour de la charte du groupe de travail au Maroc.

Abubakar Yra est Sénégalais. Il travaille au Maroc et vit dans un foyer à Takadoum (Rabat).

Abubakar Yra est Sénégalais. Il travaille au Maroc et vit dans un foyer à Takadoum (Rabat).

Marcel a quitté le Congo il y a 8 ans. Il a connu « l'époque des camps dans les forêts» et s'est vite mobilisé sur la question des droits des réfugiés. En 2008, il est arrêté dans la région de Laayoune (Sud Maroc). Il est ensuite refoulé et ce, malgré son statut de réfugié politique du HCR, dans le no man's land situé entre le Maroc et la Mauritanie. Cette zone minée est l’objet de conflit entre le Maroc et l'Algérie. Marcel y est resté bloqué 10 jours, ni la Mauritanie ni le Maroc ne voulant l'accepter sur son territoire.

Marcel a quitté le Congo il y a 8 ans. Il a connu « l'époque des camps dans les forêts» et s'est vite mobilisé sur la question des droits des réfugiés. En 2008, il est arrêté dans la région de Laayoune (Sud Maroc). Il est ensuite refoulé et ce, malgré son statut de réfugié politique du HCR, dans le no man's land situé entre le Maroc et la Mauritanie. Cette zone minée est l'objet de conflit entre le Maroc et l'Algérie. Marcel y est resté bloqué 10 jours, ni la Mauritanie ni le Maroc ne voulant l'accepter sur son territoire.

Le 2 février,  60 personnes ont été refoulées du Maroc dans ce no man's land entre le Maroc et la Mauritanie selon l'AMDH (Association Mauritanienne des Droits de l'Homme).

Le 2 février, 60 personnes ont été refoulées du Maroc dans ce no man's land entre le Maroc et la Mauritanie selon l'AMDH (Association Mauritanienne des Droits de l'Homme).

Nouadhibou, Mauritanie. Dans le cimetière en contrebas de l'église, des migrants décédés sont enterrés par le Père Jérôme. Ces morts sont la conséquence de la déshumanisation du système du blocage des frontières.

Nouadhibou, Mauritanie. Dans le cimetière en contrebas de l'église, des migrants décédés sont enterrés par le Père Jérôme. Ces morts sont la conséquence de la déshumanisation du système du blocage des frontières.

Pierre Delagrange a vécu au Maroc avant de rentrer au Cameroun avec un projet d'animation auprès des jeunes.

Pierre Delagrange a vécu au Maroc avant de rentrer au Cameroun avec un projet d'animation auprès des jeunes.

Sénégal. Constantin.

Sénégal. Constantin.

Mauritanie, en route vers le Sénégal. Grace, refugiée libérienne en Mauritanie.

Mauritanie, en route vers le Sénégal. Grace, refugiée libérienne en Mauritanie.

est l'objet de discussions animées et revêt un caractère symbolique sur la place à négocier entre migrants, représentants associatifs...

Dans le bus, chaque décision - où manger ? quand s'arrêter ? qui paye, qui est pris en charge ? - est l’objet de discussions animées et revêt un caractère symbolique sur la place à négocier entre migrants, représentants associatifs...

Etape à St-Louis, Sénégal. Les caravaniers échangent sur le texte de la première mouture de la Charte Mondiale des Migrants devant être adopté à Gorée. Une attention particulière est portée au choix de la terminologie. Qui est migrant ? Comment faire un texte qui soit à la fois universel et relatif aux situations particulières vécues par les migrants ?

Etape à St-Louis, Sénégal. Les caravaniers échangent sur le texte de la première mouture de la Charte Mondiale des Migrants devant être adopté à Gorée. Une attention particulière est portée au choix de la terminologie. Qui est migrant ? Comment faire un texte qui soit à la fois universel et relatif aux situations particulières vécues par les migrants ?

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St-Louis, Sénégal. Fabien Yene Didier est parti du Cameroun il y a 7 ans. Il s'implique aujourd'hui à Rabat dans la défense des droits des migrants avec l'association qu'il a créée, l'ADESCAM (Association de sensibilisation et de développement des migrants camerounais au Maghreb, Maroc) et est co-organisateur de la caravane. Il considère la Charte avant tout comme un esprit, un projet de réforme sociale et non un nouveau projet de loi. « On est là pour rêver, pour une utopie et c'est cette utopie qui va nous faire vivre ».

St-Louis, Sénégal. Fabien Yene Didier est parti du Cameroun il y a 7 ans. Il s'implique aujourd'hui à Rabat dans la défense des droits des migrants avec l'association qu'il a créée, l'ADESCAM (Association de sensibilisation et de développement des migrants camerounais au Maghreb, Maroc) et est co-organisateur de la caravane. Il considère la Charte avant tout comme un esprit, un projet de réforme sociale et non un nouveau projet de loi. « On est là pour rêver, pour une utopie et c'est cette utopie qui va nous faire vivre ».

Etape à St-Louis. Les caravaniers échangent sur le texte de la charte des migrants devant être adopté à Gorée.

Etape à St-Louis. Les caravaniers échangent sur le texte de la charte des migrants devant être adopté à Gorée.

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Sur le bateau qui rejont l'île de Gorée à Dakar.

Maison des esclaves, Gorée. Pour Fabien Yene Didier, ce retour dans un lieu où l’humanité a été confisquée, résonne avec la « chosification » des migrants : « les cellules de refoulement où il n’est pas possible de s’allonger, le tri des hommes avec l’immigration choisie ». Durant ses 3 années passées dans les camps en forêt au Maroc, il est entré 12 fois à Melilla en « choquant la barrière » ; refoulé à chaque fois. « On vivait loin des regards, des humains. »

Maison des esclaves, Gorée. Pour Fabien Yene Didier, ce retour dans un lieu où l’humanité a été confisquée, résonne avec la « chosification » des migrants : « les cellules de refoulement où il n’est pas possible de s’allonger, le tri des hommes avec l’immigration choisie ». Durant ses 3 années passées dans les camps en forêt au Maroc, il est entré 12 fois à Melilla en « choquant la barrière » ; refoulé à chaque fois. « On vivait loin des regards, des humains. »

Moctar Touré est Mauritanien et travaille au sein du Centre Guide pour la migration du CGTM, organisation syndicale pour la défense des droits travailleurs. Cette structure intervient régulièrement dans des cas de licenciements abusifs.

Moctar Touré est Mauritanien et travaille au sein du Centre Guide pour la migration du CGTM, organisation syndicale pour la défense des droits travailleurs. Cette structure intervient régulièrement dans des cas de licenciements abusifs.

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2 commentaires

  1. Constantin

    merci beaucoup Laeticia pour ce repportage combien magnifique qui m’est allé dropit au coeur, surtout celui de Gorée où Fabien penchait, résonnait sur le trafic des esclaves, en tout cas Laeti tu es magnifique.

  2. haoua pokakoumche catherine

    mon souhait le plus important serait que l’un de ces quatre matins,nous puissons circuler librement et nous installer partout où nous irons sur cette planète.tous ce que je puis dire pour conclure est:HOURA!!!!!!

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